Gestion pilotée : 9 années d’historique montrent que l’intérêt reste très limité

Dans son bilan 2026 de la gestion pilotée en Assurance Vie, Good Value for Money, site spécialisé sur les assurances de personnes et les placements financiers, en dresse un tableau assez peu flatteur. Sur ces 9 dernières années, les moyennes et médianes des rendements, nets des frais de gestion, restent bien modestes pour la majorité des profils d’investisseurs étudiés. Seul le profil dynamique semble montrer un réel intérêt en gestion pilotée, à la lecture de ces moyennes et autres médianes. Mais bien évidemment, comme les performances passées ne préjugent en rien de celles à venir, la décision des épargnants d’opter, ou non, pour de la gestion pilotée ne doit pas reposer sur les statistiques du passé. Le passé appartient au passé.
Gestion pilotée : les performances moyennes sur neuf ans
Good Value for Money a calculé les performances annuelles moyennes des cinq grandes catégories de gestion profilée sur la période 2017-2025. Les chiffres ont un intérêt particulier car ils sont nets des frais de gestion du contrat sur les unités de compte, des éventuels frais supplémentaires facturés au titre de la gestion pilotée et des frais courants des unités de compte. Seuls les éventuels frais prélevés à l’entrée sur les versements ne sont pas intégrés.
| Profil de gestion | Performance annuelle moyenne 2017-2025 |
|---|---|
| Prudente | +2,41 % |
| Modérée | +2,27 % |
| Équilibrée | +3,11 % |
| Offensive | +4,34 % |
| Audacieuse | +6,76 % |
| Source : Good Value for Money, bilan 2026 des offres de gestion profilée en assurance vie, performances moyennes 2017-2025. | |
Gestion pilotée prudente à équilibrée : le compte n’y est pas vraiment
Neuf années constituent désormais une période suffisamment longue pour tirer quelques enseignements. Avec 2,41 % par an pour les profils prudents, 2,27 % pour les modérés et 3,11 % pour les équilibrés, les performances moyennes ne semblent pas avoir suffisamment rémunéré le risque pris face à ce qu’un bon fonds en euros pouvait offrir. Les profils offensifs, à 4,34 %, et surtout audacieux, à 6,76 %, présentent une tout autre photographie : le risque y a été nettement mieux rémunéré, avec en contrepartie une volatilité bien supérieure. La conclusion n’est donc pas que la gestion pilotée serait inutile. Elle est plus simple : pour les profils les moins risqués, déléguer la gestion, payer les différentes couches de frais et accepter une part de risque en capital pour obtenir finalement autour de 2 % à 3 % par an mérite sérieusement d’être questionné. À l’heure du bilan, le fonds en euros n’était finalement peut-être pas aussi ringard que certains voulaient bien le laisser entendre.
Gestion pilotée en assurance vie : neuf ans de recul, et pour les profils prudents à équilibrés, le compte n’y est pas
La gestion pilotée en assurance vie est séduisante sur le papier. L’épargnant choisit son niveau de risque et confie ensuite les arbitrages à des professionnels chargés de faire évoluer son allocation au gré des marchés. En contrepartie, il accepte généralement davantage de frais et, dès lors que son allocation comporte des unités de compte, un risque de perte en capital. Après neuf années complètes, de 2017 à 2025, le bilan établi par Good Value for Money permet désormais de prendre suffisamment de recul. Et le constat n’est pas particulièrement flatteur pour les profils les moins risqués. Avec seulement 2,41 % par an pour les gestions prudentes, 2,27 % pour les modérées et 3,11 % pour les équilibrées, on peut légitimement se demander si le jeu en valait vraiment la chandelle.
Prudent et modéré : tout cela pour 2,41 % et 2,27 % par an ?
C’est évidemment là que le bilan devient intéressant. Une gestion prudente a rapporté en moyenne 2,41 % par an sur neuf ans et une gestion modérée seulement 2,27 %. Or ces deux catégories ont exposé une partie de l’épargne aux unités de compte et donc à des fluctuations de marché ainsi qu’à un risque de perte en capital. Avec le recul, un épargnant ayant simplement sélectionné un bon fonds en euros sur la période aurait pu obtenir une performance comparable, voire supérieure selon le fonds retenu, tout en bénéficiant de la garantie en capital propre au fonds en euros. La question est donc assez directe : à quoi a servi le risque supplémentaire pris par l’épargnant si celui-ci n’a pas été suffisamment rémunéré ?
Même la gestion équilibrée ne fait pas vraiment rêver
Avec 3,11 % par an en moyenne, la gestion équilibrée fait mieux, mais pas suffisamment pour rendre le constat beaucoup plus enthousiasmant. Une allocation équilibrée comporte par définition une exposition significative aux actifs risqués. L’épargnant a donc dû accepter les mouvements des marchés, traverser les mauvaises années et supporter une possible baisse de la valeur de son contrat. Pour seulement quelques dixièmes de point ou quelques points supplémentaires selon le fonds en euros utilisé comme référence, la rémunération du risque apparaît bien faible. La comparaison n’est certes pas parfaite : un fonds en euros et une gestion équilibrée n’ont ni la même composition, ni les mêmes objectifs, ni le même potentiel. Mais du point de vue de l’épargnant qui regarde neuf années plus tard ce qu’a réellement produit son argent, la question mérite clairement d’être posée.
Facile à dire neuf ans plus tard ? Évidemment
Il serait trop facile d’en conclure qu’il suffisait de choisir dès 2017 le meilleur fonds en euros et de ne plus y toucher. Personne ne connaissait alors la succession des événements qui allait suivre, la chute brutale des marchés de 2020, leur rebond, le retour de l’inflation, la remontée spectaculaire des taux d’intérêt ou encore la forte progression de certains marchés actions. Comparer a posteriori une stratégie pilotée avec les meilleurs fonds en euros comporte donc nécessairement un biais rétrospectif. Mais c’est précisément à cela que servent les bilans de long terme. Neuf ans plus tard, il devient possible de vérifier si le risque accepté a effectivement produit le supplément de performance attendu. Pour les profils prudents et modérés, la réponse apparaît pour le moins décevante.
Le problème n’est pas qu’une gestion prudente rapporte peu
Une gestion prudente n’a évidemment pas vocation à afficher les performances d’un portefeuille investi à 100 % en actions. Ce serait lui reprocher de ne pas remplir un objectif qui n’est pas le sien. Le problème est ailleurs : lorsque l’écart de rendement avec un placement garanti devient trop faible, l’intérêt même de prendre un risque en capital devient discutable. Une gestion prudente à 2,41 % et une gestion modérée à 2,27 % sur neuf ans montrent surtout que le mélange entre fonds en euros, obligations, fonds diversifiés et unités de compte n’a pas créé beaucoup de valeur supplémentaire pour l’épargnant moyen. Et dans le cas de la gestion modérée, le résultat moyen est même inférieur à celui du profil prudent. Plus de risque n’a donc pas nécessairement signifié davantage de rendement.
Les frais ont forcément pesé dans la balance
L’un des intérêts de la méthodologie de Good Value for Money est justement de publier des performances nettes des principales couches de frais. C’est essentiel pour juger une gestion pilotée. Un portefeuille peut réaliser une performance correcte avant frais et laisser beaucoup moins à l’épargnant une fois déduits les frais du contrat, ceux de la gestion pilotée lorsqu’ils existent et surtout les frais internes des fonds utilisés. Sur neuf ans, quelques dixièmes de point prélevés chaque année finissent par peser lourd. C’est d’autant plus pénalisant pour les profils prudents et modérés que leur espérance de rendement est initialement faible : plus le rendement brut attendu est limité, plus les frais en absorbent une part importante.
Les profils offensifs commencent à donner du sens au risque pris
À partir du profil offensif, la lecture devient différente. La performance annuelle moyenne atteint 4,34 % sur neuf ans. L’écart avec les solutions sans risque en capital devient suffisamment important pour commencer à matérialiser la rémunération du risque accepté. Cela ne signifie évidemment pas qu’une gestion offensive convient à tous les épargnants. Les fluctuations sont plus importantes, les pertes temporaires peuvent être significatives et l’horizon de placement doit être suffisamment long pour traverser plusieurs cycles de marché. Mais au moins, avec 4,34 % par an en moyenne, la contrepartie financière du risque devient davantage visible.
6,76 % par an pour les profils audacieux : là, le risque a été rémunéré
Le contraste est encore plus marqué avec les gestions audacieuses. Leur performance annuelle moyenne atteint 6,76 % entre 2017 et 2025. Cette fois, la différence avec les profils prudents est considérable : 4,35 points de rendement annuel séparent les deux catégories. Cette performance supérieure n’est évidemment pas gratuite. Les profils audacieux sont fortement exposés aux marchés actions et peuvent subir des baisses importantes lors des corrections boursières. Un épargnant incapable de supporter une perte temporaire de plusieurs dizaines de pourcents n’a rien à faire sur ce type d’allocation. Mais pour celui qui disposait de l’horizon et de la tolérance au risque nécessaires, le supplément de rendement a bien été au rendez-vous sur ces neuf années.
10 000 € placés pendant neuf ans : l’écart devient spectaculaire
La capitalisation permet de mieux mesurer les différences. À titre purement illustratif, 10 000 € progressant de 2,41 % par an pendant neuf ans atteindraient environ 12 390 €. Au rythme de 2,27 %, le capital serait proche de 12 240 €. Avec 3,11 % par an, il approcherait 13 170 €. À 4,34 %, il dépasserait 14 660 € et, avec une progression annuelle de 6,76 %, il atteindrait environ 18 020 €. Ces calculs ne reconstituent évidemment pas le parcours réel d’un contrat et ne tiennent pas compte de la fiscalité, mais ils montrent combien quelques points de rendement annuel finissent par produire des écarts considérables avec le temps.
Gestion pilotée : déléguer ne garantit pas une meilleure performance
C’est peut-être l’autre enseignement de ce bilan. La gestion pilotée est avant tout un service. Elle permet à un épargnant qui ne souhaite pas sélectionner ses supports ni effectuer lui-même ses arbitrages de déléguer ces décisions. Cette simplicité a une valeur. Elle peut également éviter certaines erreurs comportementales, comme vendre après une chute des marchés ou renforcer les actions après plusieurs années de hausse. Mais déléguer son allocation à un professionnel ne signifie pas automatiquement obtenir davantage de rendement. Les performances moyennes observées sur neuf ans le rappellent assez brutalement.
Pourquoi prendre du risque si un bon fonds en euros fait aussi bien ?
C’est finalement la question que devrait se poser tout détenteur d’une gestion pilotée prudente, modérée, voire équilibrée. Le risque n’est pas un objectif en soi. Il n’a de sens que s’il permet d’espérer un rendement suffisamment supérieur à celui obtenu sans risque de perte en capital. Si une allocation comportant des unités de compte rapporte finalement autour de 2 % à 3 % par an sur près d’une décennie, alors qu’un bon fonds en euros pouvait faire aussi bien ou mieux sur la période, le rapport rendement/risque n’est clairement pas convaincant. Bien entendu, personne ne pouvait connaître ce résultat en 2017. Mais en 2026, nous le connaissons. Et c’est précisément l’intérêt de ce type de bilan : regarder ce qui s’est réellement passé plutôt que ce que les simulations commerciales promettaient.