Un épargnant sur deux doute de ses investissements en assurance vie

Assurance vie : un Français sur deux a peur de faire le mauvais choix pour son épargne
L’Assurance Vie est l’un des placements préférés des Français, mais cela ne signifie pas pour autant que les épargnants la maîtrisent. Une étude réalisée par Kantar pour Basalt auprès de 1 000 Français âgés de 35 ans et plus met en évidence un paradoxe assez saisissant : les Français épargnent, investissent, souscrivent des contrats, mais restent nombreux à ne pas savoir précisément ce qu’ils détiennent, combien ils paient et comment comparer leur placement avec les offres concurrentes. Un Français sur deux reconnaît ainsi avoir peur de faire le mauvais choix lorsqu’il investit et 39 % ont déjà repoussé une décision d’épargne par crainte de se tromper. Plus inquiétant encore pour leur patrimoine, 60 % considèrent avoir laissé leur argent trop longtemps sur des placements insuffisamment rémunérateurs.
La peur de perdre... mais aussi celle de se tromper
Le risque est généralement présenté comme le principal obstacle à l’investissement. La réalité semble plus subtile. Avant même d’avoir peur de perdre de l’argent en bourse ou sur une unité de compte, de nombreux épargnants craignent tout simplement de choisir le mauvais placement. Faut-il ouvrir une assurance vie ? Un PEA ? Choisir un fonds en euros ? Des ETF ? Des SCPI ? Un fonds obligataire ? Et une fois l’enveloppe choisie, quel contrat retenir parmi plusieurs centaines d’offres ? Cette multiplication des possibilités devrait théoriquement favoriser l’épargnant. Elle peut également provoquer l’effet inverse : ne sachant pas quoi choisir, il ne choisit rien. Le résultat est visible dans l’étude : 39 % des Français interrogés disent avoir déjà différé une décision d’épargne par peur de se tromper.
60 % regrettent d’avoir laissé dormir leur argent sur des placements peu rémunérateurs
L’inaction a pourtant elle aussi un coût. Six Français sur dix estiment avoir conservé trop longtemps leur argent sur des placements insuffisamment rémunérateurs. Ce chiffre est sans doute l’un des plus intéressants de l’étude. L’épargnant qui refuse de prendre une décision par peur du risque oublie parfois qu’il en prend une autre : celle de conserver durablement son capital sur un support dont le rendement peut être inférieur à l’inflation. Ne rien faire est également une décision d’investissement. Elle peut être parfaitement rationnelle pour une épargne de précaution ou un projet à court terme, beaucoup moins pour un capital destiné à financer une retraite dans quinze ou vingt ans.
Un Français sur deux estime manquer d’éducation financière
La peur de choisir s’explique en partie par le manque de connaissances financières. La moitié des personnes interrogées estime ne pas avoir reçu une éducation financière suffisante pour gérer efficacement son épargne. Le constat n’est finalement guère surprenant. Choisir un placement suppose de comprendre des notions aussi différentes que le rendement, le risque, la volatilité, les frais, la fiscalité, la diversification ou encore l’horizon de placement. Or ces notions sont rarement enseignées alors qu’elles peuvent conditionner plusieurs dizaines d’années d’épargne. Cette insuffisance de culture financière crée également une forte asymétrie entre le distributeur d’un produit, qui le connaît parfaitement, et l’épargnant qui doit décider s’il correspond réellement à ses besoins.
Assurance vie : seulement 22 % connaissent précisément les frais de leur contrat
Le chiffre est probablement le plus embarrassant pour le marché de l’assurance vie : seulement 22 % des détenteurs interrogés déclarent connaître précisément les frais qu’ils paient. C’est pourtant l’une des rares caractéristiques d’un placement qui soit connue à l’avance. Rendements futurs des unités de compte, évolution des marchés financiers ou performances des fonds ne peuvent pas être anticipés avec certitude. Les frais, eux, sont contractuels. Frais sur versement, frais annuels de gestion du contrat, frais propres aux unités de compte, frais d’arbitrage ou encore frais spécifiques de certains supports peuvent s’additionner. Quelques dixièmes de point annuels paraissent insignifiants sur une année, mais leur accumulation pendant dix, vingt ou trente ans peut représenter une somme considérable.
Posséder une assurance vie ne signifie pas savoir ce que l’on possède
Le problème dépasse largement la question des frais. Près de sept détenteurs sur dix indiquent ne pas avoir reçu d’explication claire sur le fonctionnement des unités de compte. Plus d’un détenteur sur deux ne sait pas précisément sur quels supports son argent est investi et 48 % n’ont jamais consulté le rendement moyen de leur contrat sur les trois dernières années. Le paradoxe est assez fort : l’assurance vie représente souvent une part importante du patrimoine financier d’un ménage, parfois plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’euros, alors que son propriétaire peut être incapable d’indiquer précisément comment cette somme est investie.
73 % sont satisfaits... mais un tiers choisirait pourtant un autre contrat
Autre résultat intéressant : 73 % des détenteurs interrogés se déclarent satisfaits des performances de leur assurance vie. Pourtant, un tiers affirme qu’il choisirait un autre contrat s’il devait souscrire aujourd’hui. Chez les 50-65 ans, cette proportion atteint même 36 %. Il existe donc une différence importante entre être mécontent de son contrat et considérer que l’on pourrait probablement trouver mieux ailleurs. Un épargnant peut être satisfait simplement parce que son contrat affiche une performance positive, sans savoir si un contrat comparable, moins chargé en frais ou proposant de meilleurs supports aurait fait sensiblement mieux.
Comparer deux assurances vie reste un véritable parcours du combattant
Pour 62 % des détenteurs, comparer les contrats d’assurance vie est difficile. Cette proportion atteint 68 % chez les plus de 50 ans. Il faut reconnaître que l’exercice n’est pas toujours simple. Comparer uniquement le rendement du fonds en euros n’est plus suffisant. Il faudrait également mettre face à face les frais de gestion, les éventuels frais sur versement, les conditions d’accès au fonds en euros, la qualité et le coût des unités de compte, la présence d’ETF, de SCPI ou de fonds obligataires, les options de gestion, la qualité de l’assureur et les possibilités d’arbitrage. Deux contrats affichant des frais de gestion apparemment proches peuvent finalement offrir des conditions très différentes.
Seulement un détenteur sur quatre se sent parfaitement à l’aise pour choisir ses supports
Une fois le contrat sélectionné, une seconde difficulté apparaît : il faut encore décider quoi mettre dedans. Seulement 25 % des détenteurs interrogés se disent parfaitement à l’aise pour construire leur allocation. Les écarts sociaux sont importants : cette proportion atteint 35 % chez les cadres mais seulement 14 % chez les employés. Le véritable problème de l’assurance vie moderne est peut-être là. Les contrats proposent parfois plusieurs centaines, voire plus d’un millier de supports. Cette abondance est présentée comme un avantage, mais elle ne l’est réellement que pour l’épargnant capable d’effectuer une sélection cohérente.
Seulement 25 % font pleinement confiance à leur conseiller financier
On pourrait penser que le conseiller financier compense ce manque de connaissances. Là encore, l’étude révèle une difficulté : seulement un Français sur quatre déclare faire pleinement confiance à son conseiller financier pour défendre ses intérêts. La question du modèle de distribution est centrale. Un épargnant peut légitimement se demander si le produit qui lui est conseillé est réellement le plus adapté à sa situation ou s’il est simplement celui que son interlocuteur distribue. Cette interrogation devient encore plus importante lorsque les produits proposés comportent des niveaux de frais ou de rémunération différents pour les intermédiaires.
L’assurance vie reste entourée d’idées reçues
La méconnaissance est encore plus importante chez les non-détenteurs. Près d’un tiers explique ne pas suffisamment comprendre le fonctionnement de l’assurance vie. Surtout, 78 % pensent que l’argent placé est bloqué pendant plusieurs années. C’est faux : un rachat reste possible à tout moment. La fameuse durée de huit ans correspond essentiellement à un seuil important de la fiscalité du contrat, et non à une période pendant laquelle l’épargne serait indisponible. Plus d’un tiers des non-détenteurs ignore également qu’une même personne peut détenir plusieurs contrats d’assurance vie.
Pourquoi détenir plusieurs assurances vie peut justement avoir du sens
Cette dernière méconnaissance est dommageable, car il n’existe aucune obligation de rechercher le contrat unique capable de tout faire. Une stratégie patrimoniale peut parfaitement consister à constituer un portefeuille de contrats complémentaires. L’un peut être particulièrement performant pour son fonds en euros, un autre proposer une large gamme d’ETF à faibles frais, un troisième être intéressant pour les SCPI ou les fonds obligataires. La diversification entre plusieurs assureurs peut également présenter un intérêt lorsque les encours deviennent importants. Chercher « la meilleure assurance vie » dans l’absolu est donc parfois moins pertinent que rechercher le meilleur contrat pour chaque usage.
Retraite, transmission, immobilier : l’assurance vie ne sert pas aux mêmes objectifs à tous les âges
L’étude montre également que les attentes évoluent avec l’âge. La préparation de la retraite arrive largement en tête, citée par 70 % des détenteurs. Les 35-49 ans utilisent davantage leur contrat pour préparer les études de leurs enfants, citées par 31 %, constituer un apport, pour 22 %, ou préparer un achat immobilier, pour 13 %. Chez les 50-65 ans, la transmission du patrimoine prend davantage d’importance et concerne 52 % des répondants, tandis que 25 % cherchent notamment à anticiper une baisse de revenus au moment de la retraite. L’assurance vie n’est donc pas un placement répondant à un objectif unique, ce qui rend encore plus discutable la comparaison des contrats sur leur seule performance annuelle.
Le meilleur placement est-il celui que l’épargnant comprend ?
Les résultats de cette enquête posent finalement une question plus large que celle de l’assurance vie. L’offre de placements financiers n’a probablement jamais été aussi vaste ni aussi accessible. ETF, actions, obligations, fonds datés, SCPI, produits structurés, fonds euros ou Private Equity sont désormais accessibles en quelques clics. Mais multiplier les possibilités ne sert à rien si l’épargnant ne comprend pas ce qu’il achète. La sophistication de l’offre financière peut même finir par favoriser l’immobilisme : trop de choix, trop de conditions, trop de frais différents et trop de performances impossibles à comparer.
Avant de chercher davantage de rendement, commencer par comprendre ce que l’on possède
L’enseignement le plus utile de cette étude n’est donc probablement pas que les Français devraient prendre davantage de risques avec leur épargne. Ce serait aller beaucoup trop vite. Avant de chercher le placement le plus performant, la première étape consiste à savoir où son argent est investi, quels risques sont pris, combien le contrat coûte réellement et si son allocation correspond à son horizon. L’épargnant qui découvre qu’il ne connaît ni les frais de son assurance vie ni les supports qu’elle contient n’a pas forcément besoin d’un nouveau produit. Il a d’abord besoin de comprendre celui qu’il possède déjà. Et lorsque 60 % des Français regrettent d’avoir laissé leur argent trop longtemps sur des placements peu rémunérateurs tandis que 50 % ont peur de faire le mauvais choix, le principal enjeu semble moins être de proposer encore davantage de placements que de rendre ceux qui existent enfin compréhensibles.